Marie-Estelle
Dupont

Accueil
Retour à la page précédente

Confinement : le constat

La liberté à l’échelle humaine n’est pas l’absence de contrainte. Malheureusement aujourd’hui nous en restons à cette définition par défaut et finalement très adolescente de la liberté. Ce qui fait que la frustration, les limites et les contraintes sont difficilement tolérables. La liberté humaine réside avant tout dans la lucidité. On ne choisit pas le jeu de départ mais en toutes circonstances nous sommes libres de nous demander : « Qu’est ce que ça me fait » et « qu est ce que j en fais ».
Qu’est ce que ça me fait : colère, douleur, révolte, peur, panique, frustration, chagrin, dépit, doute, prise de conscience des limites de notre système ou de mon fonctionnement… voici quelques mots pour vous aider à nommer de quelle manière cela vous touche.
Qu’est ce que j en fais : j’ai le pouvoir de transformer ces émotions douloureuses en énergie de changement. Maintenant. Je ne suis ni impuissant ni tout puissant. L’abattement comme le déni sont des pertes de temps. Je peux utiliser l’épreuve comme un défi à relever. Et donc rester acteur du changement plutôt que subir et me victimiser.

On ne choisit pas la situation de départ mais on est responsable de comment on va la vivre. Mon rôle de psychologue est d’aider sur les différents plans de l’être à tirer le meilleur de cette expérience. Sur le plan physique et logistique, sur le plan émotionnel et relationnel et sur le plan spirituel.

Du jour au lendemain nous nous retrouvons tous à l’arrêt. Pas de sortie, pas de travail, une organisation familiale qui s écroule, des foyers séparés, une économie à l arrêt. La liberté de mouvement, essentiel à notre équilibre intérieur, nous est retirée. Et l’air libre, même très pollué, de nos grandes villes a vite fait de nous manquer. Si la maladie mobilise nos défenses immunitaires, ce coup d’arrêt dans nos modes de vie sollicite nos capacités d’adaptation. Lesquelles fatiguent notre immunité biologique. Je vous dirai donc comment soutenir doublement vos précieuses défenses.

Le coronavirus nous fait un grand clin d’œil puisque la plupart de nos décisions sont fondées sur la peur et que le coronavirus génère la peur. comment donc le vivre dans la tempérance avec une juste vigilance, sans négligence ou déni, mais sans panique ? Autrement dit aussi paisiblement que possible et ce, même si nos finances et notre quotidien sont bouleversés ?
Nous n étions pas préparés au confinement. Il est en lui-même un stress qui s’ajoute aux autres stress de la pandémie ( triple  stress sanitaire, logistique et économique) Un stress est un stimulus qui dépasse nos capacités d adaptation. Et pour cause: notre mode de vie est totalement lié à l’agir. Nous sommes suridentifiés au faire et à l’avoir au détriment de l’être. Le confinement nous donne une occasion magnifique de nous souvenir que nous sommes avant d agir. De nous reconnecter à nous mêmes. Il nous demande à tous sans exception un travail psychique majeur. Après tout l’incarnation est un long travail psychique. Semé d’embûches. Nous y sommes. Pour l’un, c est réaliser qu’il fuit de 7h à 20h au bureau pour ne pas voir son couple péricliter. Pour l’autre, c est réaliser qu’il est en état d anxiété chronique quand il ne peut plus s étourdir dans les mondanités. Etc.

Le confinement nous offre de résoudre une question : à quoi me suis-je suridentifié ? A mon boulot ? Mes sorties ? Mon apparence ? Ma richesse ?En nous privant brutalement de nos habitudes qui sont à la fois légitimes (L’être humain se doit de gagner son pain et d’avoir une vie sociale) et défensives (éviter le sentiment de vide ou de manque par le travail, le sport, le matérialisme ou en évitant la solitude constamment ) il nous offre, en 2020, année universelle de remise en ordre de nous confronter à nos peurs intimes profondes. Nous ne pouvons plus faire semblant. Et notre monde où il est bon de nier ses limites et d’être dans la toute puissance nous dit « cela suffit. maintenant l’humanité doit mûrir. Vous devez apprendre à aimer la solitude, à vous vonfronter à vous mêmes et ne plus fuir ce qui vous angoisse, et à apprécier ce qui est la sous vos yeux ou prendre les décisions pour changer une vie qui au fond ne vous ressemble plus ».

Je reçois des patients depuis 2006. Depuis 2015, je trouve que nous avons accéléré dans une spirale de fuite en avant. Les bulles immobilières n’en sont qu’un symptôme matériel. J’observe l’évitement des affects, les parades devant nos peurs, le déni, les « relations kleenex » où la sexualité et le lien à l’autre sont devenus des béquillles pour soutenir notre angoisse de la solitude mais pas des lieux de rencontre avec soi et autrui ; nos modes de vie faits pour ne pas sentir et ne pas penser ce qui nous angoisse : tout cela est devenu notre seconde nature. Nous avons trop cru les mensonges que nous nous sommes faits a nous mêmes. Il y a eu des avertissements. jje m’attendais à des catastrophes naturelles ou des épidémies, il semblerait que nous y soyions. « Patatra tu restes chez toi et tu réfléchis » nous dit le corona. Car il est intéressant de noter qu il est plus contagieux que dangereux. autrement dit qu il est un peu le remède au mal décrit par le philosophe Pascal « Le malheur de l homme vient de ce qu il ne sait demeurer seul dans une chambre ». Combien de patients et d’amis me disent avoir peur de la solitude et par conséquent s être mis dans des relations de couple qui ne sont que des compensations et de anxiolytiques et donc finalement des aliénations? car quelle aliénation pire que vivre avec quelqu un sans vibration du cœur ? par incapacité d’être seul ou intérêt matériel? Comment être bien avec l’autre si l’on est pas bien avec soi ? et comment se préoccuper de son bonheur ?


Le confinement brutal sollicite nos capacités d adaptation au stress en bouleversant sans crier gare tous nos modes de vie et en créant une mise à l’arrêt du système économique mondial. Oui il y a vertige. Il nous demande dans un second temps un gros travail sur nous habitués à tout contrôler car nous sommes face aux angoisses majeures des etres humais : l’incertitude, le sentiment de perte de contrôle, l imprévisibilité, la maladie/mort. Il nous offre aussi l opportunité de réapprendre à vivre. Sans nier les conséquences lourdes sur le plan économique, nous pouvons conserver une petite part de gratitude, pour cet exercice obligatoire de prise de conscience et de recentrage. Tout n’est pas négatif dans ce qui nous arrive. En mettant la population entière en situation comparable au handicap ou à l’isolement on nous offre une pause. A nous d en faire ce que nous souhaitons. Panique et incohérence ou recentrage et élimination de tout ce qui n’est plus cohérent avec ce que nous sommes.


Nous allons redécouvrir ce que c’est que prendre son temps.

Petit déjeuner ensemble.

Réaliser qu’on peut faire du sport sans dépenser d’argent ni sortir.

Se remettre au gainage ou au yoga.

Profiter de cette aubaine de ne plus subir la cantine professionnelle ou scolaire pour cuisiner et manger sainement. Tranquillement. En rigolant avec son conjoint ou en faisant un atelier crêpes avec les petits. Pour notre santé comme pour la qualité de nos relations, la cuisine est un outil simple et déclinable à l’infini.

Découvrir les plantes qui assainissent l’air (confinés 45 jours, vous avez intérêt à aérer et assainir autant que possible) : Ainsi le cactus absorbent les ondes électro magnétiques des réseaux internet, le ficus robusta augmente la quantité d’oxygène dans l’air, l’aloé vera détruit le formaldéhyde présent dans l’air. Etc.

Utiliser les huiles essentielles pour leur action antibactérienne, anti fongique, antivirale et antibiotique : sur la peau mais aussi sur des carrés de tissus posés dans les coins des pièces, vous pourrez utiliser l’huile essentielle de citron, d’eucalyptus radié ou de tea tree pour vous protéger et purifier l’air. Et elles vous resserviront : Quelques gouttes de tea tree dans le shampoing de votre aîné qui a des pellicules assainiront son cuir chevelu, et l’eucalyptus vous servira aussi bien en cas de bronchites que pour éloigner les souris. Confinés, mais naturopathes en herbe … et vos enfants vont adorer cette version moins stressée et moins connectée de leurs parents qui découvrent en même temps qu’eux les trésors cachés de la nature… même enfermés dans un trois pièces.

J’en profite pour vous donner quelques astuces quand vous avez fait le tour des jeux de société, des devoirs d’école et des ateliers peinture : la chasse au trésor dans l’appartement et l’atelier massage avec huile et serviettes posées sur le lit. Assez efficace pour faire baisser l’anxiété par le toucher. Les petits adorent et nous…

Faire enfin tout ce qu on a jamais le temps de faire : les papiers en retard, ranger la cave, trier les jouets et vêtements, faire le grand ménage de printemps, transmettre aux petits l’art de s’occuper de leur intérieur : faire son lit, mettre son linge au sale, tout ce qui dans l’éducation, avait souffert de notre empressement chronique. Au détriment de la transmission. Désapprendre à dire « dépêche toi », ce gros mot éducatif. Non, « prends ton temps ». C’est difficile de faire des lacets regarde, je te montre encore une fois.

Apprendre enfin l’italien, regarder les films qu’on avait ps le temps de voir, relire nos classiques ou découvrir la littérature russe, écouter de la musique, appeler tous ceux qu’on aime.

Enfin prendre soin de soi et comprendre que sans attendre que l’état nous enferme nous avons le pouvoir de renforcer notre immunité pour que cela n arrive plus. J’y reviendrai pour vous dire comment très prochainement.

Psychologiquement, le confinement est anxiogène, a fortiori pour les raisons citées plus haut. Priver l’être humain d’air frais, de lumière et de mouvement est source d angoisse et fragilise. Il faut donc aérer, faire du sport chez soi et structurer l’emploi du temps. Pas de pyjama ou de grasse mat jusqu’à midi. Etudier, lire est essentiel. J’ai enfin le temps de regarder des émissions d histoire, je réactive ma culture générale c’est toujours ça de pris !

Ne pas alimenter la désynchronisation du cerveau en se jetant pour autant sur les écrans. Bricoler, cuisiner, enfin bien dormir est important. Cela apaise et puisque nous ne sommes plus productifs redevenons créatifs ! Nous découvrirons enfin qu’en ralentissant on fait plus et mieux. Nous allons passer de l’agitation à l’action. Les journées passent vite rassurez vous quand on fait une heure de gym, une heure de musique, une heure de lecture, quelques coups de fil, un bon film, un câlin, et deux heures d’étude. Vos enfants sont là, heureux de profiter de vous. Profitez d eux. Parlez vous. Parlez leur. Ils n’ont connu ni la guerre, ni la famine, ni les épidémie. Expliquez leur, vous verrez qu’eux aussi ont un point de vue parfois très riche sur ce qui se passe. Prendre le temps de manger tous ensemble et de parler du système de santé ou scolaire leur fera du bien. Nourrissez cette complicité que le trop plein d’agir a affamée.

Seule règle d’hygiène émotionnelle : évitez les sujets qui fâchent en couple. même un couple harmonieux vit un challenge en étant confiné 45 jours. donc ce n’est ps le moment de déterrer la hache de guerre et de confronter Loulou sur le sujet qui le crispe depuis six mois. Vous sortirez perdante de toute façon. Il y a des moments pour parler des choses difficiles et des désaccords. S’il est comme un lion en cage de ne plus aller bosser ne lui demandez pas s il a envie de faire un petit dernier. ça risque d achever sa libido.
On peut être confiné et garder un vrai rythme, cela permet de structurer le temps et de canaliser l’énergie et l’angoisse. Tous les gens prisonniers longtemps comme Nelson Mandela ou cachés comme Anne Franck avaient une organisation routinière pour contenir l’anxiété générée par l’enfermement. L’être humain a besoin de contacts, donc c’est normal que vous soyiez stressés. Mais c’est aussi une occasion de décompresser. De moins consommer. De se souvenir de ce qu’on a et de qui on est. D’adopter un rythme sain, se lever pas trop tard, faire de l’exercice, manger calmement en mâchant pour mieux digérer, faire une courte sieste, prendre un bain avec des bougies dans la salle de bains quand les enfants nous ont épuisé.

Et l’activité intellectuelle (réapprendre des poésies de Baudelaire pendant que votre petit apprend sa comptine) vous fera du bien au cerveau et à l humeur. Cela ne sert pas à rien : ça vous déconditionne de la mentalité de l’hyper utilité. Et en faisant baisser le stress cérébral vous prévenez le vieillissement et les dégénérescences, d’autant que vous faites travailler votre mémoire, qui je vous le rappelle fonctionne comme n’importe quel muscle : en étant stimulée.

Listez ce que vous souhaitez pour votre vie dans un an et dans dix ans. Vous vous mettrez déjà en phase avec ce cap inconsciemment.

A ce jour nous nous ressentons tous du stress pour des proches qu on doit isoler notamment, pour la sécurité économique de notre famille etc. LEvons le nez et regardons ce que l’univers nous envoie : une vague violente, brutale, mais plus contagieuse que dangereuse et qui touche les poumons. Les poumons sont l’organe associés à l’émotion de tristesse. Et s’il était temps de ne plus fuir nos émotions et nos chagrins refoulés, et de nous demander ce que nous avons fui et qu’il va désormais falloir assumer et affronter ? Le coronavirus réveille la peur et la tristesse, plus que la colère. Travaillon sur la peur et la tristesse ou la leçon va devoir être à nouveau apprise, à notre détriment.


Pour bien vivre ensemble sans que ces angoisses n’implosent inutilement, il faut donc maintenir un rythme : ne pas se lever trop tard, ne pas trop décaler ses repas, manger de façon à rester en bonne santé, se forcer à faire de l’exercice physique. Même si on vit dans un petit appartement sans vélo d intérieur ni tapis de course on peut faire un peu de corde à sauter, des étirements, quelques exercices de gainage pour oxygéner le corps et évacuer le stress engendré par la situation, l’immobilité et l’inactivité. Certains en profiteront pour se remettre au yoga peut être et y trouveront de la détente pour maintenir un bon sommeil. Ceux qui préfèrent bouger peuvent faire des squats, des fentes, des pompes, de la course fractionnée sur place avec des sauts, bref des exercices fatigants qui vont les défouler.

Ensuite il faut garder un intérieur organisé. Avec des enfants je ne dis pas forcément rangé mais organisé. Leur coin jeux ou dessin est défini, et ce n est pas le bureau de papa ou le lit du grand frère. Là ce n’est pas une question de surface mais de définir des limites spatio-temporelles pour maintenir des repères. L’être humain souffre psychiquement lorsqu’il manque de repères. Donc on en recrée. Ensuite selon les âges on peut exploiter ce confinement pour approfondir des choses qu on avait pas le temps de faire. Lire, finir un projet pour un ado, trier les jouets avec le petit dernier. Maintenir des temps calmes et créer des moments ensembles qui soient des temps de discusssions, de détente, regarder un film en famille, se partager différemment les corvées. Etre capable de dire là j ai besoin d être tout seul et aller prendre un temps sur un lit pour méditer ou écouter de la musique avant d être saturé et de laisser les tensions submerger tout le monde.

Définir des temps de travail avec un horaire et des temps libres. Pour les enfants, les faire travailler sur le rythme de l’école le matin est bénéfique. En profiter peut être pour améliorer son intérieur et reprendre contact par téléphone avec des amis qu on a pas vus ces derniers temps. Et se dire qu’avec l hyper connexion on peut être confiné quinze jours et continuer à apprendre plein de choses. Regarder des émissions d’histoire ou sur le thème qui intéresse les uns et les autres, avoir du temps pour se parler ou regarder des cours en ligne, des conférences sur les thèmes qu on aime et qu on a abandonnés faute de temps.

Se parler avec bienveillance car tout le monde souffre donc on doit être attentif les uns aux autres. Se parler de ses peurs respectives pour réaliser que les liens familiaux peuvent être riches et forts et donc moins speed et superficiels que d habitude. Dans le couple ça va être compliqué. vie sexuelle et discussions de fond sont un peu chamboulés. Mettez de la bienveillance, ne ramenez ps les sujets qui fâchent sur le tapis ce n est pas le moment! Au contraire se demander tous les jours que puis je faire pour que tu te sentes mieux c’est rester attentif à l’angoisse du conjoint qui risque de fermer son commerce ou à la fatigue de votre femme qui fait l’ école à la maison à trois bambins en pleine forme qui prennent le canapé pour une piscine à balles. Et plus vous allez prendre soin de l’autre, mieux vous allez vous sentir.

Marie-Estelle Dupont

Autres Articles